Séisme en Haïti

 

Cette page vous offre divers textes en lien avec l'implication du diocèse de Gaspé dans les événements tragiques survenus en Haïti en janvier dernier.

 

Témoignage du prêtre Jean-François Petitpas

 

Nous avons quitté Halifax, le jeudi 14 janvier en après-midi, pour arriver en Haïti le lundi suivant. Le HMCS Halifax (une frégate semblable au Ville-de-Québec que vous avez visitée en août dernier) nous accompagnait avec environ 225 membres d’équipage. Nous en comptions 275. Les plans ont changé plusieurs fois durant la traversée. Au départ, nous pensions aller directement à Port-au-Prince (PAP), mais il fut décidé qu’étant donné que toute l’aide internationale se concentrait sur PAP, nous irions à Jacmel, sur la côte sud. Le dimanche, nouveau changement, on nous dirige vers Léogâne à environ 30 km de PAP sur la côte nord. Le HMCS Halifax se dirigeant vers Jacmel.

 

Nous nous sommes donc ancrés au large de Léogâne le lundi 19 janvier. Le lendemain, les premières équipes descendaient à terre. Je suis descendu le lendemain, mercredi. Le spectacle est désolant; la plupart des maisons sont détruites de même que la presque totalité des gros édifices : églises, écoles, hôpitaux. J’ai visité ce qui reste de la principale église de Léogâne, Ste-Rose de Lima, c’est un amas de débris. Toutefois, c’est moins pire que ce à quoi je m’attendais du fait qu’ils avaient retiré la plupart des cadavres des décombres. Les gens vivent maintenant dans des abris, faits de draps, toiles etc., construits au milieu de la rue de peur de nouvelles secousses. Ils ne retournent dans ce qui reste de leurs maisons que pour en sauver ce qui peut l’être. Et de fait, les premiers jours, nous avons ressenti plusieurs secousses.

 

Dès mon premier jour, on m’a affecté à la traduction dans un « hôpital » (3 tentes militaires) dressé dans la cour de ce qui était l’école des Frères de l’Instruction Chrétienne (un amas de ruines). Une équipe bénévole de médecins et d’infirmiers(es) canadiens du CMAT (Canadian Medical Association Team équivalent de Médecins sans Frontières) y était à l’œuvre depuis deux jours. Comme aucun d’eux ne parlait français (et encore moins créole) et que j’étais le seul à pouvoir traduire de l’anglais au créole, j’avoue que j’ai couru la première journée. Par la suite, nous avons mis en place un « service de traduction » avec les francophones du navire qui traduisaient de l’anglais au français et des étudiants haïtiens qui traduisaient ensuite en créole. C’était plus long, mais cela me dégageait un peu. Je fus alors affecté à la traduction à la « salle d’opération » (les médecins n’y voulaient pas d’Haïtiens). J’ai vu là combien ces médecins et infirmiers bénévoles font un travail de géants. Il y avait deux chirurgiennes qui opéraient et amputaient sans arrêt depuis 9 h jusque 17 h dans une tente sous un soleil de 36°/38°C. Comme ils n’avaient rien pour endormir les patients, seulement des anesthésies locales, je devais être là constamment pour parler avec les patients. Et comme les gens attendaient plusieurs jours avant de consulter, les plaies étaient déjà tellement infectées que l’amputation était souvent la seule solution et il me revenait de leur apprendre qu’on allait les amputer. Le plus difficile à voir, ce fut une petite fillette de neuf mois a qui il a fallu amputer la jambe droite. Un de nos gars, un gros marin avec au moins 20 ans d’expérience en mer et des tatouages aux bras, la tenait immobilisée sur la table et j’ai pu le voir pleurer.

 

J’ai fais ça pour les deux premières semaines, environ 4 jours/semaine. Nos gars sont regroupés par équipes de 16 hommes et descendent à terre à raison de trois équipes par jour suivant une rotation. J’ai la chance de pouvoir y aller autant que je veux, mais les weekends je reste à bord, histoire de refaire le plein et de préparer mon service religieux du dimanche.

 

Cette semaine, j’ai demandé à faire autre chose. Lundi et mardi, j’ai travaillé comme charpentier avec nos gars à bâtir des maisons (32’ x 20’) en plywood recouvertes de tôle pour abriter les enfants d’un orphelinat détruit lors du séisme. Et aujourd’hui (mercredi), j’ai passé la journée à l’Asile St-Vincent de Paul, où l’on reçoit les personnes âgées et les handicapés mentaux de tous âges. L’institution est dirigée par les Compagnes de Jésus, communauté haïtienne. Tout ce qu’elles ont bâti depuis 25 ans doit être maintenant jeté à terre car ce qui reste est inhabitable et dangereux. Pourtant, elles gardent courage.

 

Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que leurs voisines immédiates étaient les Missionnaires du Christ Roi. J’y suis donc allé et j’y ai rencontré Sœur Tatienne Fallu (de Nouvelle) ainsi que Sœur Diane Parent, une Fille de Jésus venue lui prêter main-forte. Leur maison est complètement détruite. Ce qui reste de l’étage est maintenant au niveau du rez-de-chaussée duquel il ne reste rien. La maison s’est effondrée sur elle-même. Avec trois de mes gars nous avons d’abord récupéré douze grosses batteries coincées sous les restes d’un hangar puis les gars s’en sont servis pour installer un système d’éclairage dans la cour où les Sœurs vivent désormais. Ensuite, Sœur Tatienne m’a demandé si je pensais pouvoir entrer dans la maison pour récupérer certaines choses. J’avoue que je n’étais pas très chaud pour accepter (surtout que c’était contre les directives reçues) car le plancher de l’étage restant accusait un angle de presque 30°. Finalement, j’ai accepté. J’ai demandé à mes gars s’ils voulaient m’accompagner, mais tous ont dit non. Je suis donc monté avec une échelle (Sœur Diane est venue avec moi) et j’ai commencé à démonter les lits et les bureaux pour les sortir par les fenêtres. Après quelques minutes, j’entends un bruit derrière moi. L’un de mes gars m’y avait suivi et me dit avec un large sourire « Je ne pouvais pas laisser mon Padre tout seul là-dedans! » Les larmes me sont venues aux yeux. Pendant deux heures, tous les deux nous avons vidé les chambres accessibles et les archives de l’économat.

 

Voila donc un résumé de mon implication à Haïti.

 

Jean-François Petitpas,

Prêtre du Diocèse de Gaspé, Aumônier dans les Forces armées canadiennes

 

La Providence des Pompiers

Après le séisme d’Haïti, j’ai été contactée par les médias afin de raconter l’inquiétude que nous avions eue concernant ma sœur Yolande LeBlanc, missionnaire du Christ-Roi et Sylvio Bourget, missionnaire laïque, tous deux en Haïti, dont finalement le dénouement a été heureux.

 Un soir que je regardais les événements à la télévision, les deux principaux responsables des pompiers de Gaspé sonnent à la porte. Croyant qu’il s’agissait d’un feu potentiel autour de la maison,  je me rends immédiatement à leur rencontre. Ils me disent avoir entendu le reportage que j’avais donné aux télévisions et aux radios locales. Se sentant concernés puisque notre congrégation a été fondée à Gaspé même et que Sylvio Bourget est aussi de l’endroit, ils nous proposent de faire une «journée spaghetti » afin de venir en aide à nos missions dévastées d’Haïti. Ce que nous avons accepté avec grande joie. La Providence se manifestait à nous à travers eux.

 Le 26 janvier, à la salle de la Légion Canadienne de Gaspé un dîner et un souper spaghetti étaient donc mis en place pour recevoir la population intéressée à poser un geste de solidarité. On offrait même la livraison à domicile. C’était beau à voir! Il y avait une atmosphère de fraternité incroyable! Les gens sont venus nombreux toute la journée. À l’heure des repas, à la porte, la file était importante.

 Sylvio Bourget avait préparé pour les participants un montage de photos qu’il avait prises lui-même et il montrait notre mission de Sigueneau, avant et après le séisme : l’Hôpital Cardinal Léger, le Couvent des sœurs et l’Oasis (endroit ou demeuraient les laïques en mission chez les Missionnaires du Christ-Roi). Ce montage défilait lors des repas. Sylvio Bourget, sœur Céline Messier et moi-même étions à la disposition des gens pour aider aux tables et répondre aux nombreuses questions.

 Quelle collaboration extraordinaire! Nous avons constaté combien les pompiers et les pompières de la région étaient fiers et heureux de faire ce geste d’amour envers Haïti. Nous les félicitons et les remercions de tout cœur d’avoir pris cette initiative joyeuse et combien bienfaisante.

 Le 29 janvier, en soirée, monsieur Carl Sinnett, chef pompier, est venu lui même nous chercher à la maison, en véhicule sécuritaire - car il faisait tempête - pour une cérémonie à la salle de la Légion Canadienne afin de nous remettre la somme de 7 500,00 $. Des remerciements furent offerts à toute son équipe et à tous les bienfaiteurs et bienfaitrices qui ont contribué à cette généreuse levée de fonds au profit des missions des sœurs Missionnaires du Christ-Roi.

 Profondément touchées par ce geste de compassion, nous voulons remercier les Pompiers Volontaires de Gaspé, la Légion Canadienne et les bénévoles qui y ont mis tout leur cœur, pour que l’activité réussisse au maximum. Sans oublier les  radios, télévisions et journaux qui en ont fait la publicité. Ce fut un grand succès. Merci, merci de tout cœur!

 Sœur Patricia Leblanc,Missionnaire du Christ-Roi

 

Partage des enfants de l’École Saint-Rosaire de Gaspé

 Après le séisme du 12 janvier 2010, c’est comme si la terre entière retenait son souffle… Suite à ces événements, un appel me parvient de Pierrette Poirier, responsable de l’animation spirituelle à l’École Saint-Rosaire de Gaspé pour me demander d’aller rencontrer tous les enfants afin de leur parler de la situation d’Haïti, suite au tremblement de terre. 

 Je me suis amenée avec mon cœur. Et comme les enfants, connaissaient pour la plupart Sylvio Bourget (missionnaire laïc présent lors du séisme à Port-au-Prince), ils voulaient savoir comment cela s’était passé. Le moins que je puisse dire, c’est que les questions étaient nombreuses! Mais ce n’est pas tout... Les jeunes avaient un projet : celui de recueillir un dollar par enfant pour venir en aide aux jeunes haïtiens orphelins et sinistrés.

 Je vous rapporte quelques anecdotes survenues au cours de ma tournée. Un enfant de 7 ans environ voit la croix que je porte au cou et me dit : Est-ce que tu es avec Jésus? Je lui réponds : Oui, j’ai donné ma vie pour Lui. Comme la classe commençait, nous avons dû interrompre notre profonde conversation. Après la classe il revient, me prend par les deux mains et me demande: Est-ce que c’est toi qui a donné la vie à Jésus? Je lui réponds : Non c’est Jésus qui m’a donné sa vie. Il ajoute : Aurais-tu vu son ange? Je suis interloquée! Alors je lui dit : Oui, je l’ai vu, il est là devant moi. Il est reparti heureux comme un pinson!

 Une autre élève le suit et me dit : N’oubliez pas, qu’en Haïti, il faut des dollars américains! En insistant avec le doigt. 

 À la fin de la journée, ils sont tous repartis avec une lettre adressée à leurs parents pour une collecte en précisant qu’ils doivent vraiment partager quelque chose qui vient d’eux.

 Deux semaines plus tard je retourne avec Sylvio Bourget pour recevoir le partage. Pas besoin de vous dire que les enfants étaient fébriles mais en même temps bien disciplinés. Ils avaient préparé une petite cérémonie avec l’animatrice. Ils finirent par nous dévoiler progressivement  le montant recueilli: 1 828,00 $ offerts aux Sœurs Missionnaires du Christ-Roi en vue d’aider des enfants sinistrés d’Haïti.  Mille questions furent posées à Sylvio Bourget, alors de retour d’Haïti.

 Un pont de solidarité vient de s’établir entre l’École Saint-Rosaire et des orphelins d’Haïti. Je me ferai un plaisir d’être leur ambassadrice et de les informer du suivi donné à leur contribution. D’autres activités sont déjà prévues au cours de  l’année.

 Pour terminer la rencontre, nous avons envoyé des « becs » soufflés sur la main à tous les enfants d’Haïti. Vous auriez dû voir les baisers des enfants s’envoler vers Haïti. Qu’ils sont beaux! Merci à tous les enfants, parents, professeurs et personnel de la direction de s’être faits complices de tous ces gestes d’amour et de partage.

 

Patricia LeBlanc, Missionnaire du Christ-Roi

Diocèse de Gaspé

 

Éditorial de Mgr Gagnon publié dans L'Église de Gaspé de février, en rapport avec le drame d'Haïti:

 

LA COLLABORATION DE LA FAMILLE HUMAINE

 Depuis la mi-janvier, par l’intermédiaire des médias, nous avons vécu une multitude d’émotions conséquentes aux catastrophes qui se sont abattues sur le peuple d’Haïti. Nous nous sommes laissés touchés profondément par le sort de ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont perdu toutes leurs sécurités et se retrouvent complètement démunis. Et leur misère a été répercutée dans le monde entier, 24 heures par jour.

 Quelle attitude adopter devant une telle détresse? Sentiment d’impuissance? Défaitisme? Compassion? Courage? Sans doute que nos réactions premières sont révélatrices des sentiments que nous portons au plus profond de nous-mêmes. Mais, une fois la première émotion passée et les premiers secours assurés, il est bon de nous demander maintenant si nous avons le goût de faire plus et d’assurer  les autres étapes d’entraide qui amèneront le relèvement de la situation du peuple d’Haïti.

 La compassion spontanée révèle certes un cœur bienveillant, mais seule une motivation plus profonde nous permettra de nous engager à long terme et nous poussera à prendre des moyens, moins spectaculaires sans doute, qui assureront des conditions  viables à toutes ces personnes dont la situation difficile nous a été révélée.

 Pour nous chrétiens et chrétiennes, la motivation la plus profonde n’est-elle pas de réaliser que Dieu est notre Père commun et que toutes ces personnes souffrantes sont nos frères et nos sœurs. Que nous formons tous et toutes une seule grande famille humaine que Dieu aime également. Le saint Père Benoît XVI écrivait dans sa dernière encyclique Caritas in Veritate : «Le développement des peuples dépend surtout de la reconnaissance du fait que nous formons une seule grande famille. » (53)

 Jésus ne disait-il pas à ses apôtres : «Vous n’avez qu’un seul Père, celui du ciel» (Mt 23,9).  Nous sommes donc tous des frères et des sœurs. Voilà pourquoi, une fois que les médias auront tourné leur regard vers d’autres lieux et que notre émotion pour Haïti se sera affaiblie, ce sont nos convictions et les valeurs puisées au plus profond de notre foi qui nous aideront à continuer à nous engager et à ne pas oublier ces frères et ces sœurs qui vivaient déjà de très grandes détresses avant le séisme du 12 janvier.

 C’est pourquoi le Saint Père écrivait encore dans la même encyclique : «Une  des pauvretés les plus profondes que l’homme puisse expérimenter est la solitude. (…) Tout bien considéré, les autres formes de pauvreté, y compris les pauvretés matérielles, naissent de l’isolement, du fait de ne pas être aimés ou de la difficulté d’aimer.» (53)

 N’abandonnons pas Haïti à son propre sort. Que notre foi en Dieu, le Père de la grande famille humaine, nous garde proches et sensibles aux besoins de ce peuple chéri qui vit dans «la Perle des Antilles».

 

?Jean Gagnon

Évêque de Gaspé

 

Message de Mgr Jean Gagnon, suite au tremblement de terre en Haïti

 

Jeudi, le 14 janvier 2010

Chers amis, diocésains, diocésaines de l’Église de la Gaspésie et des Îles,

Comme vous tous, je suis bouleversé par la situation des habitants d’Haïti, ce pays une nouvelle fois éprouvé par un terrible tremblement de terre.

Nous avons beaucoup de liens avec ce pays. Pensons à la présence de communautés religieuses et plus particulièrement les Sœurs Missionnaires du Christ Roi. Des missionnaires laïques y séjournent actuellement dont Francine Sabourin et Lewis Francoeur au nord du pays et Sylvio Bourget qui est auprès de sœur Yolande LeBlanc (sœur de Patricia et Delvida), tout près de Port-au-Prince.

Parmi les secours qui s’organisent, notre confrère prêtre l’abbé Jean-François Petitpas sera sur le destroyer canadien Athabaska qui quittera bientôt.

Je vous encourage à prier pour les victimes et à offrir votre collaboration en participant particulièrement à la collecte d’urgence lancée hier par Développement et Paix qui appuie directement l’organisme Caritas-Haïti basé sur place. Pour plus d’informations : http://www.devp.org/devpme/fr/international/haiti-fr.html

Les paroisses qui le peuvent pourraient déjà organiser une collecte spéciale lors des messes dominicales (des 17 et 24 janvier).

Pour faire un don par téléphone :   1 888 664-3387

Pour faire un don par internet :       http://www.devp.org

Par la poste, en faisant un chèque au nom de Développement et Paix (en indiquant Urgence Haïti) à l’adresse suivante :

Développement et Paix, 1073, boul. René-Lévesque Ouest, Québec, QC, G1S 4R5

 

 

 

La dernière mise à jour de ce site date du 20/05/10  Site last update du 20/05/10